Le château

« C’est un problème », que j’explique au professeur – et tout dans son antre inspire l’autorité, et donc la crainte, ce grand bureau en chêne massif, ces tonnes de livres dans l’imposante bibliothèque, ces diplômes et peintures prétentieuses accrochés sur le mur, tout un tas d’autres trucs luxueux dont je ne connaissais même pas l’existence – et comme je suis difficilement impressionnable, je continue d’expliquer. « Il s’invite dans ma chambre… à l’improviste, et il est tellement vulgaire et intrusif, vous verriez ça, je le soupçonne même d’être d’extrême gauche pour tout vous dire! »
Pas de réaction. Ou peu.
« – Bien, finit-il posément par demander, à quoi ressemble t-il?
– Chauve, trente-cinq quarante ans, gras! »
Il réfléchit un instant.
« – Il me semble qu’aucun patient ne correspond à votre description Monsieur Terby, je me vois désolé de vous le dire…
– Ne pourrait-il pas s’agir d’un employé, d’un visiteur extérieur – que sais-je? les mabouls sont partout!…
– Non, non, impossible! il répond avec intransigeance en notant quelque chose sur le carnet qu’il tient devant lui, les portes sont fermées à double tour et notre gardien de nuit veille. »
La suffisance me répugne, entre autres choses qu’il serait fastidieux d’énoncer, et je pousse ostensiblement un soupir. Soupir dont Monsieur le directeur de l’établissement ne se formalise pas, plein de patience:
« – Qu’est ce qui ne va pas? il demande finalement.
– Rien, rien ne va, c’est une maison de repos n’est ce pas… et j’aimerais me reposer. Ce qui semble impossible si un tas de débiles vient me visiter jusqu’à pas d’heure, moi le génie qui passe et qui pense au milieu de la médiocrité alentour qui pèse et qui danse – vous devriez noter cette phrase géniale quelque part -, c’est votre job, mon vieux, d’assurer ma tranquilité et de rétablir ma personne dans sa totalité complexe!
– Oui, oui… » il répond en notant toujours et encore.
Le téléphone retentit.
« – Oui, j’arrive tout de suite! » qu’il fait, en me demandant de patienter, rien de grave, il sort en courant, sans doute un résident qui s’est tranché les testicules…
J’attend, jette un oeil sur ce qu’il a noté: des croix, des ronds, des cases, cette saloperie fait un morpion pendant que je l’y cause de mes malheurs. Je visite sa bibliothèque: Freud, Jung, Lacan, que des trucs de tordus, et Kafka, tiens, ça c’est pas mal, mais je doute que ce con y entende quelque chose. J’ai gagné ma journée, et: Le château – que je glisse sous mon pull.
Il revient vite. Bien, bien, il s’occupe de tout qu’il m’assure, pas d’inquiétude, Terby peut aller manger sa soupe, prendre les pilules appropriées, et dormir tranquille.
Ce que je fais, je suis un garçon conciliant comme garçon.

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Cet article a été publié dans La vie étrange et fascinante de John Terby Jr. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour Le château

  1. Rodion dit :

    Terby, je t’aiiiiiiiiiimeeeeeee!!!!!!!!!!!!!

  2. Terby dit :

    N’en faites pas trop Rodion, vous allez encore nous énerver Restif…

  3. Rodion dit :

    M’en fout, je t’aime, et les adultes y sont trop cons pour comprendre. Terbyyyyyyyyyy!!!!

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