Contre une loi favorisant l’euthanasie

La question de l’euthanasie revient avec fréquence, comme une comète dont on sait qu’elle passe. C’est un marronnier qui marche pas mal quand le journaleux n’a rien à se foutre sous la dent, c’est un sujet traité tous les ans avec les mêmes articles, les mêmes témoignages et les mêmes exemples. C’est de la même race que les francs-maçons, les prix de l’immobilier, les hôpitaux …

Il y a deux-trois ans on a pu mater  en 16/9 ème sur écran extra-plat le visage tuméfié et déformé de Chantal Sébire. Je trouve d’ailleurs à ce propos assez honteux que certains, faisant la promotion pour une loi sur l’euthanasie, l’ont exhibé comme d’autres faisaient payer le quidam pour aller voir Elephant Man.

Mon propos n’est pas d’écrire que je suis contre l’euthanasie mais contre une loi favorisant l’euthanasie. J’estime que chacun a la propriété exclusive de son corps et qui si une femme veut avorter et bien qu’elle avorte et que si un homme veut se donner la mort libre à lui.  Je refuse que l’Etat intervienne dans une question si personnelle.

La mort est une chose trop intime pour que l’Etat s’en mêle.

La question de l’euthanasie est traitée depuis quelques années avec des personnes qui demandent le droit de mourir, ce qui est déjà une aberration en soi. Il n’y a pas de droit de mourir puisque c’est là la seule certitude humaine. Exiger le droit de mourir est absolument ridicule d’un point de vue sémantique, mais toujours et encore cette envie de pénal.

L’argument utilisé en faveur d’une loi pour l’euthanasie est le suivant : abréger la vie humaine lorsque la souffrance devient trop insupportable. Je comprends cet argument cependant il n’y a nul besoin de loi. Cela fait des millénaires que des gens souffrent, et bien plus avant qu’aujourd’hui rien que du fait des progrès de la pharmacopée ; ceux qui arrivent en fin de vie et dont les douleurs sont insupportables ne se privent pas de se donner la mort en buvant des poisons, en ingérant des médicaments. Pourquoi faudrait-il une loi là où le bon sens des homme agît depuis des millénaires selon leur ressenti ? Pour un Vincent Humbert, pour une Chantal Sébire, combien de personnes en phase terminale ont pris la décision de mourir en parlant avec leur médecin et leur famille ? Probablement des milliers. À mon avis, il n’y a pas besoin de faire de loi pour encadrer une pratique qui existe depuis la nuit des temps. La personne malade et en fin de vie demande à son médecin un produit pour l’aider à mourir, ce dernier donne son avis, la famille est prévenue et tout se passe dans ce cercle restreint. Pourquoi, dès lors, ajouter encore un tiers à ce rituel parfaitement rôdé ?

Je m’imagine dans une situation en fin de vie, je ferais part à mes proches de mes intentions et à mon médecin. Point barre. Pas besoin d’une quelconque commission qui donne un avis consultatif. Ma santé ne regarde que moi, mon médecin et mes proches. Je ne souhaiterai pas qu’une commission dont je ne connais pas les membres puisse rendre un avis ou une décision sur une chose de cette importance.

On pourrait rétorquer qu’une loi permettrait d’absoudre les médecins qui aident les patients à mourir. Foutaise absolue. Il n’y a jamais d’enquête quand un malade au seuil de sa vie meurt… sauf dans le cas de Vincent Humbert et de Chantal Sébire. J’en déduis donc qu’ils auraient très bien pu mourir sans demander  l’instauration d’une loi et qu’il n’y aurait eu aucune suite.

Je me doute bien qu’à l’heure de la transparence érigée comme principe moral, on veuille tout réguler et tout cadrer, lever le voile sur certaines pratiques voire toutes. Quelle hypocrisie absolue que de dire qu’il est bon de lever le voile sur tout… et que la difficile période de fin de vie doit rester dans le cercle restreint que forme le malade, ses proches et le médecin.

J’estime qu’il est absolument ridicule de vouloir instaurer une loi pour l’euthanasie puisque cette pratique se déroule depuis des millénaires sans cadre légal et selon un rituel bien rôdé. La dignité du malade passe par la protection de son intimité et pour cela il n’a pas besoin d’en référer à une quelconque commission ad-hoc. Je le répète : la mort est une chose trop intime pour que l’État s’en mêle. Il n’est pas nécessaire de légiférer pour chaque situation. Cela aurait tendance à brider les initiatives et je devine dans cette demande de loi l’angoisse de certains à devoir agir hors des cadres moraux et législatifs que sont les religions et le code civil.

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34 commentaires pour Contre une loi favorisant l’euthanasie

  1. Skandal dit :

    Je suis assez d’accord avec vous, je ne vois pas de quel droit l’on empêcherait une personne de se donner la mort. Néanmoins, cette loi, si loi il y a, permettrait de « protéger » la famille ou le médecin. En effet, il n’est pas rare dans de tel cas qu’un tiers poursuive la famille et ou le médecin pour non assistance à personne en danger ou homicide involontaire etc…

    Mais toute personne n’ayant plus le souhait de vivre devrait pouvoir se retirer de la vie terrestre sans que l’état, bouffi et dégoulinant de pourriture infect et suintant la chienlit à travers ses blessure béantes, n’intervienne.

  2. Restif dit :

    @ Cherea.
    Je ne trouve pas qu’il soit indispensable d’avertir la famille. C’est même l’inverse, la famille ne doit savoir que ce que le mourant veux bien lui confier.
    S’il y a une chose qui vous appartient en propre de manière absolue, indiscutable, c’est votre mort. La famille…elle veut toujours vous garder la famille, c’est le côté possessif de l’amour, son aspect maton chaînes aux pieds. Bien sûr,beaucoup comprendront la volonté du malade déchiré qui geint de peur,de sueurs,qui sent les griffes prêtes à le labourer plus profond , mais il suffit de 3 % de pré-veuves abusives qui veulent ignorer l’état désastreux du chéri, d’une poignée de fils et fifilles qui veulent garder pa/man par aveuglement (pas toujours non plus, il peut y avoir des raisons peu reluisantes,car ça marche aussi dans ce sens là , l’intérêt) il suffirait de ça, de ces gens qui se conduisent non en parent respectueux mais en égoïstes propriétaires familiaux pour que le malade encore humain, responsable donc digne jusqu’à la venue des insupportables souffrances qui tordent et abattent toute dignité continue son atroce périple, et ce jusqu’où avant le grand saut? Et celui-ci dans quelles conditions? Non, la mort est la propriété exclusive de celui qui va mourir. Et d’ailleurs les médecins le savent très bien. Sans qu’on en ait dit un mot, je SAIS que mon père,au moment précis où il allait se mettre à la vraie souffrance sévère-jusque là Dieu miséricordieux lui avait rendu inutile l’emploi même de morphiniques à faible dosage-ce qui n’empêchait pas l’énorme,l’immense fatigue – oui sans en avoir parlé avec son médecin de référence ou avec papa, je sais qu’il avalé un cocktail létale. Je n’ai jamais cherché à avoir une certitude, le coup de fil du médecin (j’étais à Paris papa en Bretagne) me disant « votre père va mourir. (un temps; long; il téléphone ailleurs dans le service).votre père EST mort ». Ça et le fait que papa se soit débrouillé pour ne pas avertir maman que cette fois c’était la bonne, maman qui n’avait pas pu partir immédiatement avec l’ambulance… Oui, il n’a pas demandé à ce qu’elle vienne de suite, n’a pas dit que ça urgeait,bien au contraire. Il a refusé qu’on lui téléphone. Lorsque elle est arrivée il était déjà en train d’entrer en coma profond. Elle continue d’ailleurs d’en souffrir, profondément : « j’aurai du venir tout de suite », plutôt que de lui préparer ses affaires pour l’hosto.Mais il y avait déjà eu tant d’alertes,de départs d’urgence à l’hôpital…Je crois avoir réussi à mettre un peu de baume sur cette plaie hélas toujours suppurante (« je n’étais pas là »,après 55ans de vie commune une telle accusation contre soi même est une douleur sans fond). Mais je crois avoir réussi à l’adoucir. J’ai en effet interrogé nombre d’infirmières du service cancérologie,et vous savez quoi ? Même lorsque l’épouse/le fils/la fille/passe tout son temps à côté du malade ,il meurt toujours en son absence. Il va faire pipi?paf, c’est là qu’il meurt. Elle passe un seul coup de fil en 24 heures, pas plus de 3 minutes,dans le couloir ?C’est justement l’instant qu’il choisi pour déménager. Parce qu’on veut mourir seul,parce que c’est l’acte le plus intime de la vie -car le moment de la mort c’est votre dernier instant de vie, et que vous n’avez nul désir qu’on vous tienne la main à ce instant crucial entre tous.
    Je remercie papa de n’avoir pas prévenu/ fait prévenir maman que cette fois il se sentait,bien, bien plus mal. Je remercie le docteur qui m’a téléphoné et avec lequel on s’est compris. Je ne veux pas de l’état, parce que je veux que les vrais spécialistes de la mort,ceux qui la côtoient tous les jours, docteurs, infirmières et en fin de compte..mourant, puissent partir sans en rendre compte à personne qu’à ceux qui savent que le moment est venue d’interdire à la douleur de faire un pas de plus.
    Que demain il y ait une loi,s’en sera fini de l’intimité avec sa mort. Ceux qui vous ont vu arrivé vaillant et combattif, puis vous ont vu perdre vos cheveux, puis devenir si fatigué que vous ne pouviez même plus bouger un fauteuil léger sur roulettes fait exprès,ceux là vous connaissent, ils savent. Et quand l’extinction des feux est venu ils savent aussi.
    Il a quand même serré la main de maman dans son si court coma,quand elle est arrivée essoufflée. Qu’elle lui pardonne de n’avoir pas voulu plus. Il savait son amour.A quoi bon d’avantage ? La culpabilité est un tribut que nous croyons devoir payer mais que nous n’avons pas à subir. C’est peut-être aussi une façon maligne,tordue,de continuer à dialoguer avec le »disparu » (bon Dieu ce que je peux haïr ce terme faussement consolateur).
    J’espère partir comme toi papa,sans personne entre ma mort et moi.

    Puisse ce dernier acte rester une affaire entre hommes et femmes libres.

  3. Mandos dit :

    Tiens, j’y pensais aussi ce matin, un peu saisi par le plébiscite dont l’euthanasie semble faire l’objet en France. Je ne suis pas certain que les suffrages seraient aussi enthousiastes si les enjeux d’une telle question étaient bien compris par nos contemporains. Je crois que la gravité du sujet dépasse l’aspect éthique de la seule préservation du domaine privé et du libre-arbitre.

    Il y a d’un côté une demande plébiscitaire de législation sur l’euthanasie. De l’autre on trouve un certain nombre de décideurs politiques qui verraient d’un très bon œil sa mise en application généralisée sous un contrôle étatique étroit, selon des termes et des critères pour le moins éloignés de l’idée que l’opinion s’en fait. Attali par exemple est un fervent
    thuriféraire de l’euthanasie précoce, comme il le clamait fièrement dans ses années mitterrandiennes. J’ai le sentiment très net qu’il faut à tout prix maintenir ce sujet hors de portée des griffes du pouvoir politique, avant qu’il ne mette un pied dans la porte.

    Beaucoup au-dehors penseront sans doute que c’est impossible d’en arriver à de telles extrémités. Je ne me hasarderai pas à tester. Il n’y a aucune limite à la soif de dégagement de toute responsabilité individuelle au profit de l’édredon moelleux de la planification festive.

  4. Sven dit :

    Très bon billet, très juste.
    Mon grand père qui est mort d’un cancer de la prostate avait été aidé par le personnel medical à en finir sur sa demande et après le consentement de ma grand mère.
    Il n’y a pas eu besoin d’une loi à la con.

    Traiter la souffrance humaine dans un cadre législatif est une insulte à la dignité.

    La dignité c’est justement ce que demande celui qui est en fin de vie

  5. Rodion dit :

    Pas du tout d’accord.
    Vous semblez ne voir la Loi que comme un empiètement sur l’individu, alors qu’elle doit être avant tout une garantie de ne pas empiéter sur l’individu. On est dans le domaine du droit pénal là, et la loi pénale n’existe pas pour punir les méchants mais pour défendre le citoyen face à l’arbitraire de l’état.
    Une loi sur l’euthanasie, que l’on soit pour ou contre, créerait un espace supplémentaire et protègerait un peu plus les personnes, et en particuliers les médecins du Léviathan.
    En raisonnant de la sorte, vous pensez en français, qui considère l’État comme un protecteur ou une mère trop pesante, selon les conceptions, alors que l’État est avant tout un ennemi du genre humain, un mal malheureusement nécessaire, les lois devant avoir pour but de garantir l’existence de nous autre face à celui-ci.

  6. Coriolan dit :

    « J’estime que chacun a la propriété exclusive de son corps et qui si une femme veut avorter et bien qu’elle avorte »

    J’ignorais qu’un fœtus était la propriété matérielle de la mère, moi.

  7. Merci Cherea pour ce billet.
    Merci surtout à Restif pour son commentaire.
    Mais aussi merci à Coriolan pour sa remarque essentielle.

  8. cherea dit :

    @Skandal
    Quel tiers en dehors de la famille va poursuivre le médecin?

    @Restif
    Je ne dis pas que la famille a son mot à dire mais qu’elle peut être informée au moins pour éviter toute suite judiciaire. D’une famille l’autre cela diffère. Néanmoins, j’imagine qu’à la seconde de la mort, je suis assez d’accord avec vous, c’est l’ultime face à face avec soi-même. Le moment de penser à ses mémoires d’outre-tombe.
    Si j’ai parlé de la famille dans ce texte. C’est que j’avais encore la chanson La Mama d’Aznavour en tête. Partir dignement comme votre père ou comme l’a mis en vers Vigny:
    « À voir ce que l’on fut sur terre et ce qu’on laisse,
    Seul le silence est grand; tout le reste est faiblesse. »

    @Rodion
    En France, l’État est prédateur et cherche à contrôler tous les aspects de la vie d’un citoyen, dans les moindres détails, en Anglais l’expression consacrée pour parler de ce fait est « From cradle to grave… » du berceau à la tombe. La loi ne protège que vaguement le citoyen de l’état.

    @Coriolan
    Je ne sais à qui appartient un foetus, ni juriste ni catho tradi, mais je pense que si un foetus était considéré comme une « propriété matérielle », comme vous dites, et bien la femme le portant serait à mon sens, la plus apte à réclamer la propriété.
    Mais cette question de propriété de foetus va de plus en plus se poser avec le développement des FIV et des mères porteuses. Et je n’en connais nullement le cadre légal…

  9. Restif dit :

    @ Cherea-je comprends tout à fait ce que vous dites,et que cela dépende aussi en partie des familles, de la confiance qui y règne,des rapports et de la confiance -là aussi- envers les médecins. C’est si particulier comme situation,tout ce qui se tisse entre les différents acteurs; comment ériger LE vrai? J’ai juste dit ma préférence ,et le droit du « partant » à se réserver entièrement son départ (d’autant plus qu’à ce stade celui-ci n’est pas vraiment une surprise même s’il reste,toujours, une brutalité). Mais tout cela est si personnel…
    Une chose est certaine : l’entrée de l’état, -d’une commission quelle horreur!- ôterait toute intimité et toute liberté dernière.
    Ps J’adore La mort du loup…particulièrement les deux vers que vous citez.

    PSS Rodion : on ne pactise pas avec Leviathan. Le jour,que je souhaite le plus éloigné possible,où vous aurez un être cher pour qui la mort sera le mieux, je prie sincèrement que vous n’ayez pas à affronter une commission qui fouillera toute votre intimité et questionnera celui qui en à déjà tellement assez. Pensez seulement aux questions que peut poser un état soupçonneux. Et il faudra s’y prendre combien de temps avant pour la demande ? Et s’ils tardent? Croyez-moi, les médecins connaissent très bien ces situations, ils n’ont nulle besoin de l’état.

  10. Kalle dit :

    Tout ce qui est dit plus haut est juste et faux à la fois.
    Tout simplement parce que s’il est un domaine, un seul, où rien de satisfaisant ne puisse être entrepris, c’est bien cet ultime chantier d’entrepreneur individuel… L’euthanasie formulée comme un droit ? Oui, c’est sémantiquement con. Et pourtant… quand une personne agonisante au long terme est entre deux états de conscience, ça n’est pas lui qui pourra plaider sa demande auprès du médecin. Ce sera donc un tiers… bienveillant ? Intéressé ? Alors oui, dans ce cas, par exemple et entre autres, peut-être un début de cadre législatif conviendrait pour éviter tout abus. Mais certainement pas dans le cas d’un individu agissant en conscience… et qui doit demeurer le seul à décider pour lui.
    Donc…
    Un parallèle, peut-être, avec l’avortement : le foetus n’a pas la possibilité de manifester son droit à la vie. On le protège donc par principe moral et/ou religieux, mais on l’abandonne dans un cadre légal, respectant en cela l’avis, le choix, de la mère qui porte… mais avec des limites que, pour ma part, je trouve grotesque (j’oppose donc un principe philosophique assez net à une disposition administrative tout à fait floue). Pour le mourant, c’est un peu pareil… quand il ne peut plus exprimer son souhait de vivre, ou de mourir plus vite.

  11. Coriolan dit :

    « Je ne sais à qui appartient un foetus, ni juriste ni catho tradi, mais je pense que si un foetus était considéré comme une “propriété matérielle”, comme vous dites, et bien la femme le portant serait à mon sens, la plus apte à réclamer la propriété. »

    Ce n’est pas tant de savoir à qui il appartient, plutôt de savoir s’il appartient à quelqu’un.

  12. Rodion dit :

    Restif: Je remercie vos bons sentiments mais c’est déjà trop tard, j’ai eu le malheur de perdre mon frère il y a de cela quatre ans maintenant. Sinon je trouve que Cherea et vous faites un non-raisonnement sur le coup: vous partez du principe qu’une loi autorisant l’euthanasie sera forcément suivie de tas de gratte-papiers qui vont fouiner là où ça ne les regarde pas. Une loi et les choses continueront comme avant, à savoir que les médecins feront mourir en douce les patients sauf qu’en cas de pépin ils sont sûrs de ne pas avoir de problèmes, et donc le feront d’autant plus volontier officieusement.
    Donc une loi de ce type, sur le coup serait à mon avis plus une liberté gagnée face à l’état que l’inverse, en tout cas dans les faits bruts.

  13. Rodion dit :

    Et pour les quelques cas qui sont évoqués dans le texte, ça sera encore pour le mieux.

  14. Coriolan dit :

    « vous partez du principe qu’une loi autorisant l’euthanasie sera forcément suivie de tas de gratte-papiers qui vont fouiner là où ça ne les regarde pas. Une loi et les choses continueront comme avant, à savoir que les médecins feront mourir en douce les patients sauf qu’en cas de pépin ils sont sûrs de ne pas avoir de problèmes, et donc le feront d’autant plus volontier officieusement. »

    C’est faux. Une loi sur l’euthanasie ne veut pas dire qu’il suffit pour le patient d’écrire « J’autorise le médecin X à m’euthanasier », que le médecin pourrait ressortir si un membre de la famille porte plainte. Il faut que votre maladie soit incurable et qu’elle vous fasse subir des douleurs intolérables. Une fois le dossier rempli, il est examiné par des gratte-papier, qui décident si vous avez le droit de mourir dans un centre agréé.

    Ça ne couvrirait absolument pas l’arrangement « à l’amiable ». Au contraire, pourquoi est-ce qu’un médecin prendrait le risque de faire ça en douce quand ça peut être fait légalement, donc sans aucun risque pour lui ?

    En fait, les lois sur l’euthanasie comme aux Pays-Bas ou ici en Belgique sont exactement des invitations aux gratte-papier à fouiner là où ils ne devraient pas, en ce sens qu’ils décident si vous avez le droit de mourir ou non.

  15. Rodion dit :

    Coriolan, non, je pense vraiment pas. Je connais un peu le milieu de la médecine ma soeur étant interne, je ne vois pas pourquoi dans un cadre légal ils réuniraient des commissions à tour de bras au lieu de faire comme avant. Ca sera exactement pareil, si le malade et la famille est d’accord, ils le feront en douce, sauf que les cas particuliers pourront obliger l’euthanasie à avoir lieu et si il y a un charognard qui veut se faire le médecin, si l’acte est dépénalisé, il ne fera rien. Vous êtes trop haibtué au petit fonctionnaire tatillon de la préfecture, les choses peuvent se passer beaucoup plus simplement, même en France. Je ne connais pas vraiment les cas de la Belgique et des Pays-Bas, mais ça doit pas être bien différent d’avant, ou alors montrez-moi des documents qui prouvent le contraire.
    Et franchement au vu de la situation actuelle, il n’y aura pas de commissions créées pour plomber un peu plus le budget. Mais la France est tellement sclérosée que c’est peut-être ça qui empêche une loi sur le sujet?

  16. cherea dit :

    Et puis, l’État a tout intérêt à vous garder vivant…puisque tant que vous vivez vous payez des impôts et puis c’est l’occasion d’aller mettre son nez dans le patrimoine du « partant » et de le réevaluer…non l’état n’a décidément rien à foutre là-dedans…

    En Belgique et aux Pays-Bas, avec la légalisation de l’euthansaie, certains retraités ont pris peur et sont partis pour l’Allemagne, ils avaient peur de leurs proches et des médecins…qui allaient les piquer dans un esprit de captation de l’héritage…ce sont évidemment des cas extrêmes et marginaux mais ils ont existé et existent.

  17. Coriolan dit :

    « Je ne connais pas vraiment les cas de la Belgique et des Pays-Bas, mais ça doit pas être bien différent d’avant, ou alors montrez-moi des documents qui prouvent le contraire. »

    Voir ici

    Différences majeures : Vous devez monter un dossier et attendre un mois de « réflexion ». On est déjà à des kilomètres de l’intimité de la famille et du médecin, avec le coup du « Bah j’ai rempli le formulaire, maintenant je dois attendre 30 jours pour qu’on me pique ». Mon meilleur ami est mort d’un cancer il y a 4 ans. Entre le moment où on a su que c’était incurable et le moment où les douleurs sont devenues intenables, il s’est écoulé un mois et demi ; entre les douleurs intolérables et la mort une semaine. C’est à dire qu’au moment où il aurait dû faire la demande il n’en avait pas l’envie, et au moment où il l’aurait voulu il était trop tard.

  18. Coriolan dit :

    « Et puis, l’État a tout intérêt à vous garder vivant…puisque tant que vous vivez vous payez des impôts et puis c’est l’occasion d’aller mettre son nez dans le patrimoine du “partant” et de le réevaluer…non l’état n’a décidément rien à foutre là-dedans… »

    Non. Si vous en êtes à demander l’euthanasie, vous êtes probablement incapable de travailler, ce qui veut dire que vous vivez des prestations de l’état, et vous êtes sous un lourd traitement médical, remboursé au moins en partie par l’état. Vous croyez vraiment qu’ils se réjouissent de voir tant de retraités vivre si vieux grâce aux progrès de la médecine ? L’idéal pour eux, c’est que vous vous fassiez écraser le jour de votre retraite : Vous avez contribué, vous n’en toucherez rien, puis vous ne coutez rien en médocs.

  19. Rodion dit :

    Franchement je veux pas être désagréable, mais vous répondez complètement à côté là.
    Cherea, un tétraplégique ou un homme en phase terminale qui paye ses impôts? Et une révision du patrimoine par une commission d’euthanasie avant la mort alors qu’il y a des notaires pour ça pour quand l’âme s’envole? Je n’ai même pas envie de répondre sur le coup là…
    Coriolan, je ne vous ai pas demandé de me montrer les textes de lois, mais des enquêtes ou des témoignages comme quoi les médecins belges ou hollandais se sont arrêtés de façon flagrante à faire mourir des patients incurables en douce. De ce que je connais de ce milieu, je suis sûr que ce n’est pas le cas, et que les cas de procédure officielle sont individuels, mais si on m’apporte des preuves concrètes je suis disposé à le croire.
    Je reste sur ma position, à savoir qu’une loi là-dessus serait dans les faits une liberté de gagnée face à l’état.

  20. Rodion dit :

    Je ne vois qu’une seule explication: Cherea plaisantait et nous a sortit une bonne blague bien potache 🙂

  21. Restif dit :

    A partir du moment où existera un texte de loi précis avec toute une procédure fléchée à suivre,tout médecin qui s’en exemptera sera sous le coup de la loi et susceptible d’être poursuivi. Que dis-je susceptible : la justice sera OBLIGEE de le poursuivre si elle a connaissance de sa violation. Vous me direz qu’aujourd’hui aussi le médecin viole la loi. Oui, mais il y a tolérance de fait, le médecin accomplit un geste indispensable sans aller contre une procédure spécialement établie. Du jour où cette procédure existera le médecin ne pourra plus prendre ce risque. Mettons même qu’ils commencent par continuer comme avant. Imaginer que je sois une petite ordure décidé à exploiter l’hosto. Je demande qu’on fasse une autopsie de papa pour prouver qu’il y a eu cocktail létale sans être passé par la commission : je demande un paquet de dommage et intérêt. Combien de procès;avec radiation à la clé- plus l’hosto qui se retournera contre son docteur, lui faisant de plus payer de sa poche les dommages et intérêts que lui , hosto, à du verser, combien de procès de ce type avant que le médecin n’ose plus se risquer à la moindre intervention « au black » ? Vous croyez vivre au pays des anges Rodion?

    (Et je suis vraiment désolé que le malheur vous ait déjà marqué à votre âge. Quoiqu’avec le grand-père de sven, le meilleur ami de Coriolan et mon papa ce semble être la chose du monde la mieux partagé.Et si le plouc voulait parler je suis sûr que….Quand même, un frère, alors que vous deviez avoir 16-17ans, c’est dur. Vous êtes loin d’être antipathique mais vous êtes une tête de mule.
    Vous dites vous défier de l’état mais vous êtes prêt à lui faire confiance,à lui permettre de peser sur les familles et les médecins. Ça ne libérera pas les médecins, au contraire.Ça les « encadrera », ce qui veut tout dire.

    PSCoriolan :merci pour vos coms,si net sur les législations Hollande et Belgique.
    PSS Le plouc: je ne vous ai lu que tardivement;j’avais manqué le com. Venant de vous ça me touche, parce que vous avez quelques heures de vol et que vous comprenez (d’autre aussi..Mais l’expérience…) ce qu’il y a derrière certains mots. Je suis sûr que si vous vouliez intervenir…

  22. Rodion dit :

    Oh que non je ne suis pas une tête de mule, je sais très bien ce que je pense, c’est tout. C’est bien ce que je disais, vous êtes ancré dans le modèle républicain français et pour vous la loi n’a pour objectif que d’empiéter sur l’individu, que ce soit de manière positive ou négative.
    Mais puisque vous ne me prenez pas au sérieux je vais vous rédiger une petite loi sur l’euthanasie telle que je la concevrai.

    Loi sur la dignité des personnes en fin de vie ou gravement handicapés.
    Article tatati tatat…
    Article 8: Tout docteur en médecine, si il est avéré qu’il a mis fin à la vie d’un patient défini dans les articles précédents de manière humaine ne pourra être poursuivi pénalement si les proches de la personne en question ont donné leur accord tacite.
    Article 9: L’accord des proches en ce qui concerne l’acte de l’article 8 sera présumé positif.
    tata ti tata ta
    Article 14: Si une personne ou en cas d’incapacité, ses représentants juge son état non-conforme à tata ta tata ti, il pourra saisir la Commission définie aux articles précédents pour que l’euthanasie soit pratiquée.

    Capiche? Une loi peut-être un véritable soulagement quand elle est faite intelligemment, et je fais bien la différence entre les maladies foudroyantes ou tout se décide en peu de temps et les cas comme Vincent Humbert et Chantal Sébire. On peut ne pas être d’accord mais je ne pense pas que mon raisonnement soit idiot.

    PS: J’avais 17 ans, et mes amis albanais m’ont beaucoup soutenu, mais ce n’est pas ça qui a formé mes convictions, même si ça aide beaucoup…

  23. Anne dit :

    « Pour un Vincent Humbert, pour une Chantal Sébire, combien de personnes en phase terminale ont pris la décision de mourir en parlant avec leur médecin et leur famille ?»

    Vous défendez la possibilité de « décider de mourir »hors du cadre d’une loi.
    Va bien pour la loi dont on sait parfaitement quelles en seront les conséquences : la levée de l’interdit de meurtre ( car il s’agit bien d’un meurtre donné par un tiers ou par soi-même ) pour la raison de souffrances finales intolérables, justifiera petit à petit l’extension de la loi à d’autres raisons ( sociales, économiques ect.. toujours au nom de la compassion ) comme il est advenu pour l’avortement (il faut aller y voir de près pour savoir ce que c’est ! ).
    Décide t-on de mourir ? Et bien non puisqu’on y va tous ! A t-on le droit de se donner la mort ? Cela s’appelle un suicide et c’est un acte parfaitement désespérant que l’on ne peut proposer comme solution « finale ».

    « La personne malade et en fin de vie demande à son médecin un produit pour l’aider à mourir, ce dernier donne son avis, la famille est prévenue et tout se passe dans ce cercle restreint. Pourquoi, dès lors, ajouter encore un tiers à ce rituel parfaitement rôdé ? »

    A vous lire « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes » !
    Vous savez Chérea, ou peut être ne savez vous pas, que le fait de calmer des douleurs intolérables en fin de vie, quelle qu’en soit la cause, réduit à néant les demandes d’euthanasie. Et nous savons faire cela grâce a toute une batterie de médicaments dont il est possible de manier au cas par cas le dosage.
    Savez vous aussi que les demandes d’euthanasie proviennent dans la plupart des cas de la famille « Je ne veux pas qu’il(elle) souffre » et que pour les euthanasies pratiquées en France les personnes directement concernées ne sont pas consultées ? Car il s’en pratique des euthanasies ! Et beaucoup sur des personnes âgées qui n’ont pas voix au chapitre !
    Et puis pourquoi voulez vous y mêler le personnel médical et para-médical ? Pourquoi le médecin devrait il donner son avis sur l’opportunité d’une euthanasie ? Et les infirmières ?
    Le corps médical est là pour soulager les personnes malades et les accompagner par pour les exécuter.
    « Il n’est pas nécessaire de légiférer pour chaque situation. Cela aurait tendance à brider les initiatives et je devine dans cette demande de loi l’angoisse de certains à devoir agir hors des cadres moraux et législatifs que sont les religions et le code civil. »
    De quelles initiatives parlez vous ?
    Non « l’angoisse de certains à devoir agir hors des cadres moraux et législatifs que sont les religions et le code civil » ne leur sera pas ôtée s’il y avait une loi votée sur la permission d’euthanasie.
    Savez vous ce que c’est que ressentir l’angoisse de voir se pratiquer une euthanasie ou de savoir qu’elle a été pratiquée sur un patient ?
    Savez vous ce qu’est le cynisme et l’hypocrisie, le malaise profond qui suit une euthanasie .
    Un médecin avec qui j’ai travaillé pendant une dizaine d’années se refusait à faire de tels gestes ou à les prescrire : il avait trop vu sur ses confrères les ayant pratiqués le délabrement moral et psychologique qui s’en suivait. Et ce médecin était athée.

    Alors que des personnes veuillent se donner la mort, libres à elles. Mais par pitié qu’elles ne demandent pas l’aide de la médecine. Il n’est d’ailleurs pas prouvé que la mort administrée par des drogues médicamenteuses soit moins violente que celle que l’on peut se donner autrement. Elle est moins sale c’est tout, elle est cachée et enrobée de bonne conscience.

    A lire d’urgence un petit livre du Pr Lucien Israël « Les dangers de l’euthanasie » Ed des Syrtes.

    J’oubliais : je suis infirmière.

    Annita26

  24. Restif dit :

    Commentaire-témoignage très intéressant, à écouter. Il est évident qu’une demande ne doit venir que du patient. Pour ce que je sais, le cas est simple : quelqu’un entre en agonis.Ses poumons ne produisent plus assez d’oxygène et les bombonnes sont dépassées. Il ne souffre pas encore, mais le tissu pulmonaire est totalement délabré. Il va incessamment se mettre à souffrir, atrocement. Et bien les antalgiques qui lui sont données pour éviter cette douleur abominable sont si puissants…qu’il en meurt. Et voilà tout. Il ne s’agit nullement dans mon esprit de dire « oh, celui-là, il en a pour six mois à se traîner sans l’ombre d’une chance, hop, cocktail létale ! »
    Je n’ai pas la prétention d’apprendre quoi que ce soit à une infirmière sur la douleur. Mais laissons la liberté aux êtres. Lorsque un patient (un patient, pas sa famille) est d’accord avec son docteur, cela ne regarde qu’eux.

  25. Restif dit :

    Ps « Je n’ai pas la prétention d’apprendre quoi que ce soit à une infirmière sur la douleur.  » « Ni sur la manière de la gérer.  »
    (ajout utile). désolé pour « agonie » le féminin plureil et autres bourdes mais je tape plus vite que le Mercure ne monte sous les traits Apollon.(métaphore baroque- classique pour alléger un peu certaines évocations).

  26. cherea dit :

    Bonjour Anne,
    merci de votre intervention que je trouve intéressante. Vous avez une expérience dans le domaine médical que je n’ai pas, cependant les arguments d’autorité m’emmerdent…vous avez d’excellents arguments, mais pour autant ce n’est pas parce que vous êtes infirmière que je n’ai pas voix au chapitre…évidemment, la décision appartient à chacun et doit être entièrement personnelle, j’y mêle le personnel médical car il fournit les moyens d’une décision…en tout cas, venez nous lire plus souvent,on apprécie les commentateurs de qualité…

  27. Lödni dit :

    @ Restif : Dignité et sensibilité dans vos commentaires. De toute évidence, des vertus héritées. Je vous salue.

    @ Kalle : Je vous salue aussi. Euh… Denis vous salue (@ Gil : ^^)

  28. Lödni dit :

    Le présent commentaire est effaçable, étant seulement destiné à souscrire à l’option « m’aviser des nouveaux commentaires »…

  29. Restif dit :

    Lödni : Il est des saluts qui touchent tout particulièrement, des saluts qui ont du poids et de l’âme. Vrai qu’ils viennent d’une source qui connait la valeur des mots.

    Vous sachant proche de Denis,^^ j’ai un peu l’impression grâce à vous d’avoir de ses nouvelles. Et ça fait bien plaisir.
    (^^ > Pour Gil-the-cat, félin pudique,
    On le dit chat de Barcelone, le poil aimable, la griffe bonne,
    En sa Catalogne ibérique, jamais il ne miaule au tragique.

  30. gil dit :

    Lödni & Restif

    Satisfait, comblé même. N’en jetez plus… ^^

  31. Lödni dit :

    @ Restif : Comme on disait à Laudanum et Babaorum : « Gil-the-cat felix est ». Ou comme on disait chez Hanna et Barbera : « He’s happy ».

    @ Cherea : Quand on sait l’influence des intéressés sur les lois contraceptives, abortives, bioéthiques et demain euthanasiques, votre intro ne manquait pas de sel : « La question de l’euthanasie (…) C’est de la même race que les francs-maçons (…) ».

  32. Lödni dit :

    @ Gil : Si vous pensiez être comblé ici, allez donc voir sur le fil « L’ici-même »…

  33. gil dit :

    Oui, Lödni, je parlais des deux fils. I’m happy.

  34. Lödni dit :

    @ Gil : Me voilà rassuré. Ceci dit, je lèverai un peu le pied sur les « ^^ » à l’avenir. Je ne voudrais pas que vous deveniez un Gil blasé.

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